Une richesse de formes et de valeurs
L'économie de Faerûn ne repose pas uniquement sur les pièces d'or, d'argent et de cuivre standardisées. Chaque région possède ses propres monnaies, reflétant son histoire, sa culture et ses traditions commerciales. De la Côte des Épées aux royaumes exotiques de Kara-Tur, en passant par les peuples aquatiques et les grandes cités marchandes, ces monnaies régionales varient en matériaux, en formes et en valeurs. Voici un aperçu des principales devises utilisées à travers les Royaumes Oubliés.
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Les monnaies des peuples aquatiques
Certaines races aquatiques utilisent les perles comme moyen d'échange. La valeur d'une perle varie en fonction de sa taille, de sa rareté et de sa qualité. Dans la Mer des Étoiles Déchues, les perles sont classées ainsi :
- Seyar (perle blanche) : 1 pc sous l'eau, 2 pa en surface.
- Liayar (perle jaune) : 1 pa sous l'eau, 2 po en surface.
- Tayar (perle verte) : 1 po sous l'eau, 20 po en surface.
- Nuyar (perle bleue) : 5 po sous l'eau, 100 po en surface.
- Olmars : des perles rares en forme de diamant, mesurant jusqu'à 15 cm de long et valant 500 po sous l'eau et 2 000 po en surface.
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Les monnaies régionales et exotiques
- Anneaux du Shaar
Dans la plaine du Shaar, les habitants utilisent des anneaux d'ivoire percés et accrochés à de longues ficelles. Ces bagues valent 3 po pièce.
- Argent et cuivre de Shou Lung
Toute pièce d'argent ou de cuivre usée ou méconnue est souvent qualifiée de monnaie de Shou Lung et vaut respectivement 1 pa ou 1 pc. Seul un petit nombre de ces pièces viennent vraiment de Shou Lung, ou de n'importe quelle autre nation de KaraTur, mais le nom demeure.
- Bela, la monnaie de guerre des tribus de l'est
Le bela est une forme primitive de monnaie de papier utilisée par les tribus barbares des contrées orientales. Ce terme désigne à la fois :
- Les lettres de change en usage dans les royaumes de Kara-Tur,
- Les billets émis par les khans et chefs de guerre tribaux pour financer leurs campagnes.
Dans les Royaumes de l’Ouest, le bela n’a aucune valeur marchande – si ce n’est celle d’un souvenir exotique ou, parfois, d’une insulte méprisante jetée à la face d’un créancier trop insistant.
- Billets de sang
Les billets de sang sont des reconnaissances de dette ou des promesses de paiement, émis par un débiteur (individu, compagnie, cité ou royaume) au nom du porteur du billet. Tant que l'émetteur est en vie et solvable, il est tenu d'honorer sa dette à quiconque lui présente le document. En revanche, si le créancier ou le débiteur est décédé, le billet devient sans valeur.
Parmi ceux trouvés dans des trésors, environ 20% sont encore valides et peuvent être échangés contre 100 pièces d’or par unité de monnaie mentionnée. Ainsi, un billet portant la mention "10 unités" vaudra 1 000 po s'il est honoré.
Attention : C'est au porteur du billet de retrouver le débiteur et de convaincre celui-ci de payer – une tâche qui peut s’avérer périlleuse ou diplomatiquement délicate.
- Carillons de Gond - La monnaie sacrée des artisans
Introduits à l’origine par les Lantannais, les Carillons de Gond sont une monnaie ancienne encore en usage parmi les fidèles du Dieu des Artisans. Ces pièces de laiton, reconnaissables à leur pierre ornementale mobile qui les fait tinter, servaient autrefois dans les échanges commerciaux du Nord.
Aujourd’hui, leur valeur dépend du lieu où ils sont échangés :- 10 po sur le marché libre,
- 20 po dans les chapelles de Gond, où les prêtres les acceptent comme offrande ou paiement pour services divins.
- Cartes de mercenaires
De petits parchemins, de la taille d'une carte à jouer standard, portant au recto l'emblème d'une compagnie mercenaire spécifique. Le verso comporte une note manuscrite du trésorier de la troupe, certifiant le versement d'une prime de 15 pièces d'or pour chaque unité de "monnaie alternative" récupérée. Si la compagnie mercenaire est toujours active, son trésorier honorera ce bon de paiement (et pourra même proposer une somme supérieure). Ces officiers comptables ont l'habitude de voir des porteurs présentant des cartes trouvées dans des antres de créatures, dérobées à leurs propriétaires ou gagnées lors de parties de hasard.
- Denier d'acier
Frappé en trop grande quantité par le gouvernement sembien pour remplacer l'argent, il est tombé en désuétude et ne vaut plus qu'une pièce de cuivre. Dans tout la Sembie. "Acheter un denier d'argent avec un bela" est synonyme de stupidité financière.
- Florin nain
Pièce octogonale de facture impeccable, frappée dans les métaux nobles (or, argent, électrum ou platine). Son artisanat nain, reconnaissable entre mille, en fait une monnaie prisée des marchands et collectionneurs.
Histoire :
- Rareté entre 1350-1359 CV (du Temps des Troubles à l'Année du Serpent).
- Réintroduite massivement après la redécouverte de l'empire nain des Pics du Tonnerre, circulant notamment en Cormyr.
- Large cours en Cormyr, Sembie et les Vaux.
- Peu répandue sur la Côte des Épées et dans les royaumes méridionaux/orientaux.
Toujours supérieure au pair grâce au prestige des ateliers monétaires nains. Les changeurs des régions centrales l’échangent souvent avec une prime (5-10% selon l’offre).
"Une pièce naine ne perd jamais son chant, même sous la rouille des siècles."
— Proverbe de Mirabar
- Lettres de négoce, contrat aux promesses incertaines
Ces documents, semblables aux billets de sang, engagent leur émetteur à livrer un bien précis au porteur légitime. Contrairement aux reconnaissances de dette classiques, leur valeur réside dans l'objet promis – jamais explicitement décrit, allant du bibelot sans importance au golem de guerre (un cas attesté !).
Cependant, seulement 10% sont encore honorables. Les autres concernent des maisons disparues, des marchandises déjà livrées, ou des artefacts introuvables. Même valides, leur exécution dépend de la bonne foi (et de la mémoire) du débiteur.
Certaines lettres mènent à des trésors légendaires...
...d’autres à des querelles juridiques ou des pièges mortels (tel ce négociant de Calimshan qui "livra" le créancier dans le sarcophage promis).
"Signer une lettre de négoce, c’est sceller un pacte avec le chaos. Parfois, le chaos paye."
— Rennick d’Eauprofonde, courtier en contrats douteux
Les collecteurs avisés les achètent pour une bouchée de pain – quand ils ne les volent pas. Les sages vérifient d’abord :
- L’existence actuelle de l’émetteur,
- Sa solvabilité,
- La localisation de l’objet (si mentionné).
- Statues de Tharsult – Monnaie d'art et d'échange
Cette monnaie sculpturale utilisée dans le royaume méridional de Tharsult. Elle se présentant sous la forme de petites figurines finement ouvragées en ivoire, jade ou serpentine, souvent des divinités locales, des animaux mythiques ou des héros légendaires.
Valeur Marchande est de 5 po à Tharsult (valeur nominale pour les transactions courantes) et de 15 po dans les Contrées du Mitan, où elles sont considérées comme des objets d'art exotiques. Certaines statues plus anciennes, marquées du sceau des temples disparus, peuvent valoir jusqu’à 100 po chez les érudits ou les adorateurs de cultes oubliés.
"Les marchands astucieux achètent ces statues au sud pour une poignée de pièces d’argent, puis les revendent aux nobles du Nord comme ‘reliques mystérieuses’… avec un petit mot du dernier prince tharsultien, bien sûr."
— Malrik le Malin, négociant ambulant
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Les monnaies spécifiques aux cités
- Lune du Port d'Eauprofonde – La monnaie des marées
Cette pièce en forme de croissant est frappée dans un alliage de platine et d'électrum. Elle est reconnaissable à son éclat bleuté et ses motifs gravés évoquant les vagues et les voiles. La lune est principalement utilisée pour les gros achats (contrats maritimes, cargaisons, droits de quai). Sa valeur nominale est de 50 po à Eauprofonde (valeur officielle pour les transactions portuaires et commerciales). Mais elle n'est que de 2 po hors de la cité (les changeurs étrangers la considèrent comme une simple curiosité).
Elle est parfois offerte en cadeau diplomatique ou comme jeton de bonne fortune parmi les marchands. Certaines vieilles pièces, exposées longtemps à l'air marin, développent une patine turquoise très prisée des collectionneurs.
"Une Lune du Port dans la poche d'un marin, c'est un billet pour rentrer au pays – ou pour se payer une dernière tournée avant le naufrage."
— Capitaine Rellendur, de la Guilde des Marchands d'Eauprofonde
- Toal d'Eauprofonde – La monnaie carrée
Cette pièce carrée en laiton est percée d’un trou central pour faciliter son transport enfilé sur des cordelettes. Frappée aux armoiries d’Eauprofonde, elle a une valeur est de 1 pe (soit 2 po) dans la Cité des Splendeurs, où elle sert aux transactions quotidiennes. Sans valeur marchande hors des murs de la ville, les étrangers la considèrent comme un simple jeton de quai ou un souvenir pittoresque.
D'usage uniquement local le Toal est populaire pour les petits achats (poissons frais, bière de quai, menus services). Cette pièce est parfois utilisée comme paiement symbolique dans les contrats oraux ("un toal pour sceller l’accord").
"Les marins d’Eauprofonde ont une tradition : celui qui trouve un toal percé d’un deuxième trou (frappe rare) peut l’échanger contre une tournée gratuite au Portail Béant… à condition de raconter une histoire qui fasse rire toute la tablée !"
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Conclusion
La richesse monétaire de Faerûn n’est pas qu’une question de pièces d’or et d’argent. Chaque devise, des billets de sang aux statues de Tharsult, raconte une histoire :
- Celle des peuples qui les frappent (nains méticuleux, tribus barbares, marchands aquafondiens…),
- Celle des échanges qui traversent les royaumes (du troc artistique au commerce maritime),
- Celle des aventuriers assez astucieux pour en tirer profit (ou assez imprudents pour se faire duper).
Pour les aventuriers, un bela peut valoir moins qu’un chiffon… sauf si l’on sait le revendre à un érudit curieux des cultures lointaines. Un toal d’Eauprofonde, inutile à Mirabar, devient soudain crucial quand il faut soudoyer un garde du port nostalgique de sa ville natale.
Pour le Maître du donjon, ces monnaies sont des outils narratifs. Ainsi, rien ne dit "Bienvenue en Tharsult" comme un marchand exigeant d’être payé en statuettes de jade. Une lettre de négoce oubliée peut mener les PJ à un trésor… ou à un golem endormi depuis des siècles. La Lune du Port qui circule en Sembie pourrait trahir une alliance secrète entre guildes marchandes.
"En Faerûn, même l’or a une mémoire. Et parfois, elle se souvient de choses que les rois ont oublié."
Dernier Conseil :
Laissez vos joueurs découvrir, échanger et se tromper avec ces devises. Après tout, quoi de mieux qu’un groupe d’aventuriers ruinés par des carillons de Gond qu’ils croyaient en or massif ?
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Références
- Forgotten Realms Campaign Setting 3rd edition – Ed Greenwood, Sean K. Reynolds, Skip Williams, Rob Heinsoo (Wizards of the Coast, June 2001) – ISBN 0-7869-1836-5.
- Forgotten Realms Campaign Guide – Bruce R. Cordell, Ed Greenwood, Chris Sims (Wizards of the Coast, August 2008) – ISBN 978-0-7869-4924-3.
- Les Royaumes Oubliés : Campagne – Ed Greenwood, Sean K. Reynolds, Skip Williams, Rob Heinsoo (Wizards of the Coast, 2001) – ISBN 2-84415-019-3.
- Jeff Grubb and Ed Greenwood (1990). Forgotten Realms Adventures. (TSR, Inc), p. 16. ISBN 0-8803-8828-5.
- Guide des Joueurs des Royaumes Oubliés – Rob Heinsoo, Logan Bonner, Robert J. Schwalb (Wizards of the Coast, 2008) – ISBN 978-2-915847-57-3.
- Ajout personnel en lien avec mon propre univers de campagne.
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Crédit d’image :Mention légale
Les Changeurs, par Marinus van Reymerswaele, peintre de l'école hollandaise.